Editeur d'Henri Guillemin

Editeur d'Henri Guillemin
23/03/17 à 15:13

Pourquoi devenir, être éditeur d’Henri Guillemin ?

 

Avant 18 ans, déjà, j’ai découvert Henri Guillemin par ses livres envoyés par Gallimard en service de presse à mon père, Maurice Carité.

Tous deux s’étaient rencontrés chez Marc Sangnier dans les années 30, au moment de Jeune République (qui succéda au Sillon) et du Front Populaire.

 

Il y eut une grande fidélité réciproque, mon père chroniquant régulièrement les livres de Guillemin dans ses collaborations diverses, avec un échange épistolaire suivi.

 

Dire que je suis tombé dans la marmite enfant serait exagéré sans doute. Mais, enfin, avant de devenir éditeur, un de mes premiers « vrais » articles fut consacré à sa Jeanne d’Arc.

 

Le virus dès lors était à l’œuvre.

 

Succédant à mon père, mais dans d’autres publications, je recensais les nouveaux livres d’Henri Guillemin. Jusque dans une revue que j’avais fondée : « Tripot » (revue « mal famée ») que j’éditais depuis 1974 avec Marie Fougère, femme de ma vie, active complice, et réciproquement, de nos engagements.

 

En 1977 nous rendons visite à Guillemin à Neufchâtel en Suisse pour préparer un numéro spécial de cette revue, le numéro 20 « Avec Henri Guillemin ».

Plusieurs heures d’entretien. Un repas simplement partagé. Un petit clopet pour lui. Reprise. Puis visiblement (Jacques Bertin eut la même impression une décennie plus tard), il en avait déjà assez dit, et puis le travail l’attendait… Et, justement, nous avions un train à telle heure, ce serait dommage de le rater. De toute manière le charme et la force de convictions avaient opéré.

 

Nous ramenions cet enregistrement comme une pépite que nous avons publiée, très largement revue et corrigée (voire expurgée) par HG lui-même, dans cet hommage « Avec Henri Guillemin ».

 

Nous avions aussi publié, republié dans cette revue, son texte Rappelle-toi, petit qui raconte le coup d’état de Napoléon III vécu dans un petit village du mâconnais. Texte que nous avons édité ensuite dans notre collection « Jeunesse ». Modeste début, certes, mais début tout de même de l’édition de son œuvre.

 

Dès lors, nous nous sommes enhardis et lui avons proposé chaque fois que cela nous semblait possible de rééditer ses ouvrages édités hors « grandes » maisons et épuisés sans reprise envisagée.

 

Il y eut ainsi son Zola, légende et vérité, ses autres livres jeunesse, puis son Napoléon tel quel (réédité sous le titre Napoléon légende et vérité).

Ce nouveau titre collait pour nous à l’historien (même si notre changement le chagrina un peu), d’autant plus que nous avions dans le même temps rencontré Patrick Berthier qui venait de publier chez Gallimard Le Cas Guillemin et était en panne pour le complément refusé par Gallimard (ça aurait fait un livre trop gros…). Il préparait une bibliographie d’HG. Nous avons donc édité la seconde partie du travail de Patrick Berthier sous le titre  Guillemin légende et vérité, ce qui nous semblait cohérent. Puis ce fut le tour de sa bibliographie sous le titre Soixante ans de travail,

dont une nouvelle édition entièrement revue et actualisée vient de paraître à nos éditions.

 

« Quel incroyable turbin s’est infligé Pat. B. pour construire ça… Il y fallait de l’abnégation » nous écrivit Henri Guillemin à la réception de cette bibliographie.

 

Et nous avons compris alors la dimension extraordinaire de l’historien, sa profonde simplicité et humilité (même si parfois « surjouées », en bon acteur).

 

Sa confiance, paternelle et fraternelle, en notre travail, nous a aussi permis, pas à pas, d’envisager sans inquiétude d’être « éditeurs » d’HG. Ce qui quelques années auparavant paraissait impossible, inaccessible. Même si, je le cite pour le plaisir, notre ami éditeur Robert Morel conseillant à un jeune auteur de nous envoyer ses manuscrits, et devant l’ignorance de cet auteur à notre égard, lui asséna : « Mais, oui, Carité, c’est le Gallimard de l’an 2000 ». Le Gallimard sans doute pas, l’éditeur d’Henri Guillemin, à l’évidence oui.

 

Il fallut bien sûr rester sourd aux critiques malveillantes et attentifs aux bienveillantes. Car les médias avaient tendance à assimiler l’éditeur à l’auteur. Mais, au final, dans notre « catalogue » des alternatives, la vision critique de l’Histoire d’Henri Guillemin a toute sa place.

Pour étayer ces critiques, on a discuté à l’infini de l’histoire passionnée et de l’histoire objective… jusqu’à admettre désormais, comme il le soulignait lui-même, que l’objectivité, en cette matière en tout cas, n’existait pas et qu’il fallait, là aussi, arrêter de nous raconter des blagues.

Michelet, objectif ? A d’autres…

 

Lui, comme nous à notre dimension, n’avions pas choisi la facilité. A contre-courant de tous son Napoléon reste pour nous symbolique d’un engagement entier et passionné.

Certes nous nous situions dans la même philosophie politique, mais cela n’expliquait pas tout. Il y avait aussi, et sa correspondance avec lui le montre bien, la même envie « d’autre chose », d’une société apaisée et égalitaire.

 

A sa disparition il devint vite évident que son œuvre qui n’était plus entretenue par la flamme de son combat et des polémiques qu’il engendrait (je réfute à ce sujet tout à fait le mot qui me semble maladroit de « polémiste » pour HG. Ça n’a jamais été lui qui lançait des polémiques, mais bien ses adversaires) que son œuvre donc perdait rapidement de l’intérêt pour ses éditeurs passés.

 

Dès lors, avec l’amitié indéfectible de Philippe Guillemin, son fils aîné, nous avons « récupéré » peu à peu tout ce qui était épuisé. Jusqu’à ce que Gallimard se rende à la raison et libère les droits sur cette œuvre qu’il ne défendrait plus.

La maison d’édition Arléa suivit, très gentiment, précisant que cet ensemble chez Utovie « faisait sens ».

Avec Le Seuil il fallut faire jouer la clause contractuelle de non-réédition pour récupérer les droits.

 

Nous voici en 2017 et l’ensemble de ce travail est à nouveau mis à disposition du public. Et il faut suivre, bien sûr, l’injonction de Patrick Berthier : « Ne vous contentez pas de regarder Youtube : lisez Henri Guillemin…»

 

Alors, aujourd’hui : fierté d’éditeur d’avoir mené à bien ce travail imposant démarré en 1977. 40 ans, ça n’est pas rien. Fierté aussi de rester fidèles à nos convictions.

 

En conclusion, à la question posée dans le titre : « Pourquoi devenir, être éditeur d’Henri Guillemin », je réponds : par passion.

Par passion commune de la vérité historique et par fidélité à nos convictions.

 

Jean-Marc Carité, mars 2017

 

Photo Jean-Marc Carité

 

 

 

 

 

 

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